Qu’est-ce qui
caractérise la politique française à l’égard de la fonction publique depuis une
vingtaine d’années ? L’introduction du « nouveau management » c’est-à-dire de
la transformation radicale des appareils d’Etats (L’armée, l’école, l’hôpital,
la police) en autant d’entreprises d’Etat gouvernées par le seul principe de
rentabilité, réclamé avec des cris d’orfraie par la fameuse « cour des comptes
». Cette extension inégalée du capitalisme à tous les secteurs de la société
correspond à ce que l’on nomme habituellement l’ultra-capitalisme qui consiste
à étendre et à universaliser la logique marchande à tous les étages de la
société civile. On aboutit ainsi à la fameuse « société marchande » de Michael
Sandel où tout devient un bien soumis à un prix ou à un bénéfice. Nous
assistons impuissants à la diminution drastique des efforts et des champs
d’action de l’Etat et donc à une fragilisation de tout le tissu social, moins
bien soigné, moins bien éduqué, moins bien protégé.
Ce qui est cependant
très étonnant c’est que malgré cette gangrène capitaliste qui se répand et qui
ronge le cœur des nations, certains redemandent encore du poison. Et pourtant…
La peste brune du capitalisme ronge déjà l’hôpital, en témoignent les
professeurs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et le docteur Anne Gervais
signataires d’un cri d’alarme : ils rappellent ainsi que certaines mesures (
comme la TA2 , la tarification à l’activité)
font « croire à l'hôpital public qu'il devait se sentir une âme
d'entreprise ». Le but du gouvernement en place n’est pas in fine
d’améliorer la qualité des soins mais de réaliser 1,6 milliard d'euros
d’économies en 2018.
Même son de cloche
dans l’éducation nationale, malgré l’avertissement lancé il y a 15 ans par
Christian Laval avec son fameux « L’école n’est pas une entreprise »,
avouons que la peste brune du libéralisme a contaminé immédiatement la tête des
professeurs qui au lieu de résister à la novlangue des de la droite marchande
se sont empressés d’ adopter le slogan schumpetérien de l’innovation et de la
destruction créatrice sans se rendre compte qu’ils reniaient par là-même leur
rôles d’éducateurs pour devenir des coachs c’est-à-dire des entrepreneurs.
Comme le rappelait JP Brighelli en 2014 « La financiarisation à l'aveugle de
l'Éducation laisse de côté ce qui en fait la spécificité : la relation
pédagogique. Nous ne vendons pas des tapis, mais du savoir et du savoir-vivre ;
et nous n'avons pas des clients, mais des élèves. Et cela n'a rien à voir. La
matière première de l'enseignement, c'est ce fichu facteur humain, si
difficilement contrôlable. » ( Journal Le point, 02/08/2014, L’école
est-elle une entreprise ? ). Même rengaine du côté de l’armée où là encore on
demande aux soldats, après les professeurs et les médecins de faire plus avec
moins. Le budget de l’armée devient tellement faible (avec moins de 2 pour
cents du PIB ) que s’est instauré un véritable manque de confiance entre les
politiques et les militaires, la crise du président Macron avec le général de
Villiers n’étant qu’un des multiples symptômes de la même maladie qui est la
financiarisation de tout.
La police, elle,
apparait sans doute mieux dotée, mais demeure sous-équipée et là encore le prix
de l’armement est aussi le prix de la sécurité pour les acteurs de l’ordre
public mais également pour les citoyens. On se rend compte à la lecture de ce
tableau à quel point l’hyper-capitalisme constitue la barbarie des temps
modernes et à quel point ses ravages continuent de porter des effets dans tous
les pores de la nation, qu’il vise à étouffer sous le poids des règles, des
procédures et des exigences de rentabilité.
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